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mardi 11 février 2020

Manon la pierreuse (Charles Baudelaire)

"Manon la pierreuse" de Charles Baudelaire (Arabécédesque, Olivier Goldsmith)


MANON  LA  PIERREUSE


Avez-vous déjà vu la petite pierreuse
Manon qui, du trottoir flattant la saleté,
Vient offrir aux passants sa chemise fangeuse
Comme gage certain de son infirmité ?

Sobre dans l’oripeau que son ouvrage exige,
Beaux lambeaux de splendeur autrefois pleins d'orgueil,
Elle porte son lot, religieux vestige
D'un plaisir attristé comme on porte le deuil.

Elle abrite en son sein des parfums péremptoires
Qu'exhalent jour et nuit de secrets émonctoires,
Tandis qu'on voit briller son front halitueux.

― Subtile excrétion de nos bizarreries !
Oserons-nous jamais goûter, voluptueux,
Au suc acidulé de tes coquetteries ?



vendredi 31 janvier 2020

ARTICUSECULER

Affirmer ne pas être ivre quand on l’est à l’évidence.


« Je ne suis jamais ivre ! » articuseculai-je
En titubant un peu pour en mimer les pas.
Ainsi, m’évertuant à ce subtil stratège,
Je paraissais bien mieux ce que je n’étais pas.

(Jean-Alphonse de LA MOUSSOLAINE, Les élancoliques)

lundi 27 janvier 2020

BORDREL

BORDREL "Arabécédesque" (Olivier Goldsmith) Jean Racine Phèdre

Grand désordre organisé.


Un semblable bordrel a sa raison secrette
Qu'on peut élucider pour peu qu'on s'y arreste.
Il en faut démesler le chaorganisé,
Le foutoir d'un foutoir un peu trop provisé
De vieux Syllogomane épris d'infinitude,
Pour découvrir l'objet de tant de solitude.
Sçauras-tu par toy seul, sans le moindre secours,
Percer d'un tel bordrel les plus sçavans détours ?
Sans ton crétin de Pere, avec toy descenduë,
Je sauray retrouver la Verité perduë !


(Jean-Rachid de CRAMPISTON, Scaphedre)

mardi 21 janvier 2020

CAQUEUPHONIE

CAQUEUPHONIE "Arabécédesque" (Olivier Goldsmith)


(mus.) Dissonance harmonieuse.


J'ai souvent combattu les sons au corps à corps
Pour en tirer des cris que je nommais accords.
Caqueuphonie… Écho sans autre équivalence,
Miracle inachevé retournant au silence.

(Pierre-Nicolas JARRETTE, Moodelettes)

mardi 7 janvier 2020

DIFFÉRAMER

"Différamer" Arabécédesque (OLIVIER GOLDSMITH)


Bientôt je me retrouve au milieu de la mer,
Merdière que, bien sûr, je n'ai pas trop choisie,
Différamant toujours pour peupler ce désert
D'un flot absconsistant que rien ne rassasie.

(Stanislas PHOLLION, D'une mer inconnue)

dimanche 29 décembre 2019

ENORGUENILLER (S’)

Tirer fierté de sa condition misérable.

   

   Le dernier jour, me sachant enfin libéré de cette ville, et comme afin d’éprouver mon indifférence à son égard, je décidai d’aller traîner le long des échoppes des bas quartiers. Pour ce faire, je me reloquai d’infâmes vieilloteries de raccrochez-moi-ça qui me donnaient, me figurais-je, l’air d’un pèlerin égaré dans sa solitération allégorique, demi-galvaudeux sans autres frasques que ses frusques blanchies de la poudre des voies irrationnelles, réflexe supinatoire récurrent et démarche lourde dans de grosses sandales de cuir.
   Ainsi m’enorguenillai-je sans danger, me retrouvant tel qu’en moi-même je demeurais, à jamais détaché – lavé – de tous les accoutrements de ce bas-monde.

(Noël ANOUCA, Les grands horizons)

mardi 24 décembre 2019

FARD'EAU

FARD'EAU, Arabécédesque (Olivier Goldsmith) [Molière, Tartuffe]


Vase de nuit, lourd récipient rempli d'un liquide douteux.



PERONELLE
Ciel ! vous-mesme portant les deux pots de Pamufle…
Il traîne encore au lit à cette heure, ce muffle ?

AMAROLINE
Allez, Péro ! Plûtost, delivre-moy du poids
De ces pesans fard'eau qui me brisent les doigts,
Et pour qui je conçoy tant d’horrible amertume !


PERONELLE
Ouais ! voila bien, Madame, une étrange coûtume !
Je vous laisse le soin d'un si bel hypocry,
Car à de tels plaisirs il faut estre aguerry.
Pareils amusemens vont aux ames morbides
Qui n’ont pour goust pervers que ces panchans humides.
Ma « Libid’eau », Madame, est plus sobre en cela
Pour m'en sortir assez sans tout ce brouhaha,
Ni ce bel agrement que vous tirez à feindre
Une pareille horreur si preste à vous étreindre.


(Jean-Pierre MORLŒILLE, La mare au lit)

mercredi 11 décembre 2019

GÊNESSE

Gênesse  "Arabécédesque" (Olivier Goldsmith) Jean Racine Iphigénie


Génération montante manifestant un défavoritisme remonté.


GAGAMENTOWN
Je voy que le courroux voilant vostre impuissance
Distrait vostre impudeur non sans quelque élégance.
Chilla, tu n’es qu’un con de pitbull enragé
Qui se la léche apres s'estre bien soulagé.
Et puisqu'on peut clasher en langue turque ou grecque,
Sçachez que vous parlez comme on pisse ou défeque,
Et ce gros trou du cul qui vous ouvre tout grand
Le milieu du visage est si préponderant
Que le reste n'est plus que vent & que poussiere
Inapte à s'exprimer, surtout sans museliere.
Vostre boule à zéro, vostre petit œil noir,
Vous font un air de bœux qu'on mene à l'abattoir.
En attendant, je croy que le véterinaire
Y pourvoiera bien mieux que je ne pourrois faire.

CHILLA
Tu progresses.

GAGAMENTOWN
                                Parfois j’ay grande volupté
A devenir vieux con, & ma felicité
Croist singulierement devant tant de gesnesse
Qui râpe de la crotte en pissant par la fesse.
Et maintenant, passons à nos raisons d'Estat.

CHILLA
Pour te la jouer seul en ubupotentat ?
Helas ! Pere odieux de fille anorexique !

GAGAMENTOWN
Le petit chien Chilla sa Mere encore nique ?
Pourtant je ne suis pas Papa si « rodieux ».
Mais jactons, à present que tu jappes bien mieux.

(Jean-Rachid de CRAMPISTON, Sissigenie)

vendredi 15 novembre 2019

HYAINEUX

D'une animosité sournoise et opiniâtre.


Hyaineux, affamés de chair catatonique,
Des protèles d'acier surgissent en bavant
Pour prendre en jouissant au cadavre vivant
Des lambeaux palpitants de souffrance lubrique.

(Ralph BIROUTZ, Les légions étranges)


William Burroughs "Arabécédesque" : Hyaineux (Olivier Goldsmith)

samedi 9 novembre 2019

INTEMPÉRIEUX

Qui ne laisse plus d'attendre dans l'urgence de sa nécessité.


  Toute visqueuse d'intempérieux désir, Gilbertine feignit de s'évanouir dans les bras de Mademoiselle Élisabeth à laquelle elle ne cessait de s'agripper, puis elle glissa sur le sofa en entraînant la jeune femme dans ce simulacre de chute qui dissimulait si délibérément mal ses véritables intentions avec cette fausseté particulière dont elle escomptait les effets.

(Aiglondine LEPOINGET, Je suis parcourue de frissons)

samedi 2 novembre 2019

JAMBARDÉE

Violent écart effectué en marchant, en courant.


   Dans son ophélisme, robe toute luisante, la belle Merdora déambulait sur la rive, des ancolies trop vite fanées dans un regard perdu vers un ailleurs impossible à déterminer ; et, comme si elle s'eût su promise à une immobilité nymphéale, elle semblait vouloir d'autant plus exprimer sa fureur animale dans une démarche insensée, toute d'enjambées et de jambardées faseyantes, que parfois elle en vacillait dangereusement. Mais jamais elle ne tombait et, folle d'amour, elle reprenait le cours aveugle de sa déambulation avec la même détermination bouleversante.

(Marquise de SANDE, Merdora)

mercredi 23 octobre 2019

LIBIDE

Convexité lascive du ventre associée parallèlement à une ensellure prononcée.


  Ces femmes viscéléralement lubriques exerçaient toute leur science dans les trépidations de la musique par l'ondulation envoûtante de leur libide, de sorte que l'œil de leur nombril ne cessait jamais de vous fixer avec une insistance quasi hypnotique dans la détermination farouche de leur impudeur.

(Guilbert FLACHTAFF, Salambovariations)

vendredi 18 octobre 2019

MASQUELETTE

Épaisseur avantageuse dissimulant une ténuité structurelle désobligeante.


Mille yeux du louche apparat
Évoquant l’art du striptease
Qu’un rien d’habit hypnotise
Bardant aux plis de son drap

Traits furieux d’or en somme
Peau lisse aux buts convenus
Dressant les poils maintenus
De cette carne ou tout comme

Cuir saignant allant de pair
Avec l’heur d’un vice expert
Déchirant l’ombre incomplète

Seulœil roide aiguisant l’os
Pour blinder son masquelette
Puis mollir dans l’enclosmos


(Apollon KLOSTROGNIAMENTALK, Sonnepténaires)

mercredi 9 octobre 2019

NUEIGEUX

Dont la blancheur des cimes se confond intimement à celle d’un ciel vaporeux.


     Mon cher Lionel,
   Cela fait bien longtemps que nous nous sommes rencontrés. Vous étiez ivre, il me semble, et pas seulement des hauteurs (ou tout au moins le laissiez-vous paraître, ce qui, bien entendu, revient au même).
    Êtes-vous donc enfin revenu de vos fichues montagnes, et passerez-vous à Honfleur ? Sinon quand abandonnerez-vous vos sommets nueigeux, ces stupides immaccumulations de blanche mort et de côtes raides, pour si bien vous aveugler de leur triste néant ? Il est grand temps pour vous de changer d’ivresse, croyez-m’en ! Et puis cela sent trop le facinutile naufrage, non ? ce goût de nulle part, ce flot figé des pentes glacées pour mieux vous détourner du monde. Et vous savez que je partage votre point de vue sur la question. Vous qui pourtant aimez le mouvement, vraiment je ne vous comprends pas, moi qui vous écris d'ici, col relevé quand il arrive parfois que le vent se lève et que, "délicélestement", la nature se fâche, à se sentir vivant pour de bon !

lundi 30 septembre 2019

OBSCUIR

Faute de liaison qui rend incompréhensible le sens d’une phrase.


L'obscur objet de dire avec, pour tout bagage,
Le seul balbutiement de tournures à fuir ;
Avec toi consentir aux fautes de langage,
Aux langues qu’on emmêle en un savant obscuir. 

(Joseph LAUPINAR, Les mots bouche cousue)

jeudi 19 septembre 2019

PANTOUFFLÉTAIRE

Polémiste sans conviction réelle.


  Emberlificrottés dans notre testicouilllis séborrhéique, empatouillés dans le jus saumâtre de nos limbes oléagineux, nous voici devenus des carnassiers bidons, des polémanthropes margouilleurs d'un zoo sans clôtures, poussahs poussifs, pantoufflétaires braillards, écornifleurs pourfendeurs de cacahuètes piégées et grands buveurs de Viandox sec.

(Samuel MORDOGUE, Mort-aux-rats)

mardi 10 septembre 2019

QUÊTRE

Tension de l’esprit appliquée à son propre principe.


Il est des murs maudits dont on ne sait pourquoi
L’aspectre fout la trouille à nous transir d’effroi,
Et, quoique sans y croire, on n’en mène pas large…
C’est véritablement une histoire de barje !
On ne peut demeurer cloîtré dans la maison
Sans entendre des poings cogner sur la cloison ;
Qu’on se trouve au sous-sol ou dans l’une des chambres,
On a comme un frisson qui nous saisit les membres.
Alors on se dit ça : c’est notre cœur qui bat
À nous faire inventer cet infernal sabbat.
On respire un bon coup… on attend… on écoute…
On reprend ses esprits… pourtant demeure un doute
Absurde qui persiste à nous glacer les sangs
Tant nous semblons cerné d’inconnus menaçants ;
Et, hanté de non-sens, de quêtre inassouvie,
Nous comprenons alors que nous sommes en vie
Et que vivre toujours nous semble sans raison
Tant qu’on ne bâtit pas soi-même sa prison ;
Que ce n’est plus la peur qu’il importe de craindre,
Mais le manque vécu dans un besoin d’étreindre
Qui nous porte aussi loin qu’on peut le souhaiter.
Vivre ne suffit pas au désir d’exister.



(Samson d’ALLUNELLE, Méditations hypnothétiques)

mardi 3 septembre 2019

RÉPITIÉ

Geste passager d’humanité octroyé de guerre lasse.


Les flots sont pleins de haine et jettent sur nos flancs
L’Hydre sans répitié de leur vague démente,
Et le vent est si fort qu’on voit les goélands
Voler à reculons dans l’énorme tourmente.

Charles BAUDELAIRE  "Arabécédesque : RÉPITIÉ" (Olivier Goldsmith)

mercredi 28 août 2019

SONNEPTÉNAIRE

Poème à forme fixe composé de quatorze heptasyllabes justifiés de vingt-huit caractères, espaces comprises, de coupe 4/3 pour les deux quatrains sur quatre rimes, et 3/4 pour les deux tercets suivants sur trois rimes. Le respect des règles de versification classique, reine mère des contraintes, n'est pas tant une obligation qu'une politesse.


Repère un vers de sept pieds 
Qui t’emprisonne au problème 
Maint labyrinthe en toi-même 
Pour en froisser tes papiers 

Un truc chiant qui travaille 
Le cœur tout plein du dégoût 
De battre au vent et surtout 
Pour accomplir ta trouvaille 

Que d’un rien vraiment banal 
Naisse au jour l’objet final 
Par défis presque ordinaires 

Mais qu’ensuite après essais 
Il nourrisse à pleins succès 
Tes prochains sonnepténaires 

(Apollon KLOSTROGNIAMENTALK, Sonnepténaires)

mercredi 21 août 2019

TROMPRE

Faire du bruit par peur du silence, du noir.


Je vois nos descendants, qu’un même rêve exhorte,
Aller loin dans le ciel sonder leur propre nuit
Et, pour trompre à leur suite (ô silence où tout fuit !),
Des chevelus jouant de la musique forte.

(Hugo SPLECTOR, La fiente de l’Esprit)


                                        _____


Infatigablement nous allons dans un gouffre
(Bien qu’à la vérité nous y sommes déjà),
Et rien dorénavant ne peut nous retenir.
Et bientôt le jour tombe, emporté lui aussi ;
Déjà je vois la nuit sans étoiles, sans hommes,
Et l'avenir profond où s'abîme le monde ;
Déjà je sens sous moi la terre qui déverse,
Comme un tombeau glacé qui ne résonne pas…
Comme si… comme si rien n’avait existé…
Que sommes-nous ? que suis-je ? Un spectre, une ombre… une âme,
Ou bien quelque animal venu gratter le sol
Pour disparaître encore et encore, englouti
Dans l'insondable flot d'une mer sans rivage…
Faire du bruit par peur du silence, du noir :
C’est là le vain projet des âmes en souffrance
(Et le fait de tous ceux qu’on nomme des fêtards).
On pourrait dire ainsi « trompre » en inversant les lettres…
Et malgré tout j’entends l’abîme, le silence
Prolonger sans répit mes piaffements stupides…
J’entends… et puis j’écoute, en dépit de moi-même…
     (Il se fige. Temps de silence)
Une brèche est ouverte au milieu de mon ventre,
Et déjà l'eau s'engouffre à l'intérieur de moi.

(Chrisostome MARLOQUÊTRE, L'âme létale)