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mercredi 28 février 2018

CHIMÉRYONIRISME

chiméryonirisme  GIF Pont au Change : animation (1854) https://arabecedesque.blogspot.com

Pont au Change : animation (1854)




Visions célestes fugitives mais prégnantes.


Ciels pleins d’illusions tendus d’horreurs marines
Où tout rêve éreinté se mue en cauchemars ;
Spectre multiplié des troubles origines
Où chiméryonirisme engloutit les regards...

"Chiméryonirisme",  "Arabécédesque, Olivier Goldsmith"
Comment se fait-il que moi, qui ai toujours eu dans l’esprit et les nerfs
tout ce qu’il fallait pour devenir fou, ne le suis-je pas encore ?
(CB 08 janvier 1860)

vendredi 23 février 2018

DÉVIERRER

DÉVIERRER Voilier (https://arabecedesque.blogspot.com)


S’écarter toujours plus du droit chemin, du cap à maintenir.


En se créant un but qu’on n’imagine pas,
Sans savoir on fait sens à l’ininterprétable
Pour mieux, dévierrant, réinventer l’instable,
L’absurde surdité du vent et du compas.

(Simon DIEUTZ, Avant Dieu)

mercredi 21 février 2018

EMPÉTRI

Rimbaud en route vers la Capitale

Fortement influencé par un environnement absorbant.


J'étais au fond du trou, la mer me distrayant
De pays inventés d'un houlement de hanches ;
Et je m'aventurais, halicte bégayant,
Dans des profondeurs d'eau ceintes de pertes blanches.

Bourlinguiste empétri d'origines sans fin,
Criblé par le silence où finit tout voyage,
J'éprouvais mot à mot, ivre crêve-la-faim,
Un sol vague et noyé comme ultime mouillage.

...............................................................................................

Entraîné loin des Fjords, je valsais sur l’écume,
Recueillant des baisers de lames en bouquets.
Tintant sur mon ram bow comme sur une enclume,
Les vagues me roulaient des pelles par paquets.

Et je tendais mon arc aux flèches émoussées
Vers l’horizon en rut où montent des ciels d’or.
Mon algîtation par houles courroucées
Vomissait en piaulant mon fiel par-dessus bord.

Les soirs, un soleil las guettait en vain mes fièvres,
Impuissant à me suivre où j’allais sans dormir.
Des gerçures mordaient mon désir sur mes lèvres
Du baiser lancinant qui les faisait frémir.

Étourdi du silence oppressant des sirènes,
Je songeais, inseulaire, aux périls de la mer,
Invoquant les récifs dévoreurs des carènes
Avec des sifflements stupides de steamer.

Mais moi, l’enfant sans mer que l’écume rimaille
Pour me drosser au pôle où zigoter en pleurs,
J’ai brisé ma boussole. Oh ! que j’aille à la baille,
Fretintinnambulant parmi les bateleurs !


*
*    *


GLOSE I.A.


Ces sept quatrains se présentent comme des « quatrains retrouvés » issus d’une « collection particulière ». Aucune trace éditoriale ou manuscrite rimbaldienne ne correspond à ce texte dans les archives, les éditions critiques ou les bases en ligne : il s’agit donc d’un pastiche/hommage moderne, remarquablement réussi, qui réinvente Le Bateau ivre (1871) tout en le déplaçant vers une poétique plus intime, autoflagellante et méta-poétique. La forme est scrupuleusement imitée (alexandrins souples, rimes croisées ABAB alternant féminines et masculines), mais le ton et les images trahissent une voix contemporaine qui joue avec l’héritage rimbaldien sans le singer servilement.

1. La forme : fidélité et discrète subversion

  • Métrique : Chaque vers compte douze syllabes (avec quelques licences rimbaldiennes : enjambements, césures mobiles, alexandrins ternaires). Exemple du premier vers : « J’é-tais au fond du trou, la mer me dis-tra-yant » – la coupe après « trou » crée un halètement qui annonce déjà le roulis.
  • Strophe : Sept quatrains seulement, contre vingt-cinq dans l’original. Le poème est donc plus ramassé, comme un fragment « retrouvé » d’un manuscrit inachevé ou d’une variante intime.
  • Rimes : Riches, parfois audacieuses (« hanches / blanches », « voyage / mouillage », « bouquets / paquets »). L’auteur respecte la règle classique (féminine/masculine) tout en glissant des assonances internes qui font écho au « houlement de hanches » du vers 2.

2. Lexique et néologismes : le génie rimbaldien revivifié

Rimbaud inventait pour faire voir ; ici l’auteur fait de même, avec une inventivité jubilatoire :

  • Bourlinguiste (v. 5) : contraction parfaite de bourlinguer (vagabonder sur mer) et linguiste → le poète-navigateur qui « parle » les origines.
  • Halicte bégayant (v. 3) : halitose + halict (abeille solitaire) + bégaiement → souffle fétide et hésitant de l’ivresse.
  • Algîtation (v. 15) : agi(tation) + algide (glacial) + algie (douleur) → froid douloureux de l’excitation.
  • Inseulaire (v. 22) : in- + insulaire + seul → solitude absolue, île qui n’est même pas île.
  • Rimaille (v. 29) : rimer + rimailler (rimer médiocrement) → l’écume elle-même fait des vers boiteux pour drosser le navire.
  • Fretintinnambulant (v. 32) : frétillant + tintinnabuler + ambulant → danse joyeuse et tintinnabulante parmi les saltimbanques (bateleurs). C’est le néologisme le plus brillant : le bateau devient un clown marin qui « zigote en pleurs ».

Ces mots ne sont pas décoratifs : ils incarnent la dérive. Le langage devient lui-même houle et nausée.


3. Thèmes : du grand voyage rimbaldien à la dérive intime

Le Bateau ivre originel raconte une libération collective (l’équipage massacré) puis une odyssée cosmique qui s’achève par le désir de naufrage (« O que ma quille éclate ! O que j’aille à la mer ! »). Ici, le « je » est dès le départ au fond du trou (vers 1) : la cale, le ventre, l’inconscient. Le voyage est donc intérieur dès l’origine.

  • Érotisme maritime : la mer « distrayant / De pays inventés d’un houlement de hanches » (v. 1-2) ; les « baisers de lames en bouquets » (v. 10) ; l’« horizon en rut » (v. 14) ; les « gercures » sur les lèvres du désir (v. 19-20). Le bateau est un corps amoureux et violé par l’océan.
  • Silence et finitude : « criblé par le silence où finit tout voyage » (v. 6), « silence oppressant des sirènes » (v. 21). Contrairement à Rimbaud qui voit des « archipels sidéraux », ici le poète n’entend plus que le vide.
Auto-ironie finale : le « enfant sans mer » (v. 29) qui n’a jamais connu l’océan réel se fait drosser par l’écume qui « rimaille » pour lui. Il brise sa boussole (v. 31) et choisit la « baille » (argot marin pour la mer, ou le seau – chute dérisoire). Le naufrage devient spectacle de bateleur : le poète se transforme en saltimbanque ivre, « fretintinnambulant ». C’est à la fois une parodie tendre de Rimbaud et une déclaration d’humilité poétique.

La variante garde l’énergie visionnaire mais la retourne contre le « je » : le bateau n’est plus héros, il est « crêve-la-faim », « piaulant », « zigotant en pleurs ». Rimbaud rêvait l’absolu ; ici on assume le grotesque poétique.


4. Interprétation globale

Ce texte est un hommage critique : il célèbre la démesure rimbaldienne tout en montrant son envers – la fatigue, le désir de se perdre dans le mauvais goût joyeux des bateleurs. Le poète moderne, « enfant sans mer », n’a plus besoin de vraies tempêtes : l’écume elle-même lui écrit des vers. En brisant sa boussole, il choisit la dérive comme seul cap. C’est à la fois une déclaration d’amour à Rimbaud et une façon de lui dire : « Moi aussi je sais me noyer en beauté. »

Magnifique exercice de style qui mériterait d’être publié comme tel – variante apocryphe, pastiche génial, ou « manuscrit retrouvé » fictif. La collection particulière a bien fait de les exhumer.


dimanche 18 février 2018

FURIBLONDE

Bière forte de faible qualité dont la consommation entraîne une dégradation de l’humeur et du comportement.


   Un petit régime sportif au pinard me fera grand bien tant cette furiblonde m'a démoli le cerveau ces derniers temps. Il faut que je reparte sur des bases saines, ne plus sentir ce roulis infernal dès que je tangue de travers, ou le crois-je. Ce qu'on peut croire d'ailleurs importe peu tant qu'on sait encore ce qu'on a dans le verre. Une route à suivre qu'il faut s'imposer : marcher droit pour mieux tanguer à sa guise et ne plus essuyer ces brusques coups de vent quand la météo intérieure se dégrade par temps difficiles. Ainsi un bon marin marine mieux dans un jusant de raisin en raison d'un cap à suivre sciemment pour éviter de subir ces spumonstruosités qui font déborder la tête au-delà de l'entendement.
   Et là, me répéter chaque fois que ça cogne méchamment, et qui fait flotter sans même capeler brassière : « C'est plus facile de mourir que de vivre ». Alors l'écume prend moins cette importance impétueuse qu'elle a toujours quand elle révèle l'énormité de l'océan pressenti sans fond de ce verre devenu depuis lors tempétueux.

(Icare NÉPHÉLIOBATE, J'irai revoir ma Sudmandie)

mercredi 14 février 2018

GRONDOIEMENT

Tumulte torrentueux.


Impossible la nuit de trouver le sommeil
Tant le grondoiement sourd de vivre me submerge ;
Tant l'heure au ralenti dans le corps est pareil
À la force des flots qui dévorent la berge.

(Théophobe ÉDELVIO, Ellergies)

lundi 12 février 2018

HEIMATELOT*

HEIMATELOT (Ran ORTNER : Oil on canvas) https://arabecedesque.blogspot.com

Ran ORTNER : Oil on canvas.



Marin parcourant inlassablement les mers dans l'incapacité de se fixer sur terre.


   Toujours avoir l'air de savoir où l'on va sans savoir où l'on va. Quête sans fin de l'impossible terre qu'on se promet d'atteindre, nous, nuages informes traversant les mers dans la mobilité de leurs immuables métamorphoses.
   L'incertitude est motrice, crée ce mouvement qui paradoxalement nous détermine. Cette nécessité d'aller de l'avant parce que rester c'est la fossilisation. Ce besoin de la mer à embrasser dans le fantasme d'une terre probable. Mer, parce que c'est là sans y être. Il n'y a pas d'endroits précis. C'est partout l'endroit, toujours. C'est du lieu qui n'arrête pas comme la terre qui nous ancre dans l'oppression de l'asphyxie, et dont le creux sombre des vallées, dont les pentes rocheuses et les crêtes neigeuses sont le cauchemar vécu.
   Mais nous sommes des humains. Nous ne sommes pas des poissons, nous qui déchantons de n'être pas non plus des oiseaux ; nous, les heimatelots que la terre travaille, laboure intimement sans jamais nous arrêter. S'arrêter c'est chavirer sur terre. Pour nous, la mer, c'est l'obsession de la terre quand la terre nous travaille dans la sollicitude de l'urgence. Pour que la terre nous laboure il ne faut pas que nous y restions et nous sommes faits pour la terre. Pour que la terre continue sans cesse à nous travailler, il faut sans cesse aller au-devant d'elle jusqu'à ce que s'y fixer devienne une impossibilité de vivre. Espace à penser pour les poumons, pour sentir à quel point nous sommes passés par là, à ne plus savoir où.

(Sisyphe MAZROCHE, La grande vadérappe)






vendredi 9 février 2018

INSTANBILITÉ

Limite cursive et fictive quoique vécue séparant le passé de l'avenir.


   « L’espoir fait vivre ». On dit comme ça. On ne doit pas y réfléchir pour s'y réfléchir. « Espoir » : on est condamnés à dire toujours la même chose pour rebondir. On ne vit que pour ça, pour ce vent vivifiant du large qui nous mènerait passivement à nous-mêmes en attendant de nous mener nulle part.
   Alors vivre en permanence dans la représentation de la réalité non avenue. Avoir toujours un projet d’avance, une lecture d’avance, un jour, une année d’avance sur celle en cours, jusqu’à ce qu’on y soit enfin pour... Voilà : c’était ça. C'est donc ça, « l'avenir ».
   En même temps on s’empresse de ne pas y arriver, le temps de le construire pour y être tel qu'on le projetait avant même d'y être. Donner suite à la fuite en avant avant même. Ainsi va-t-on s'inventant au-devant du vent.
   Devenir : ce recul, en fait ; cette contemplation ; cette lecture de la chute de peur de tomber des nues… Cette expectative élaborée de l’avenir, autrement dit instanbilité angoissante et parfois délicieuse par quoi tout est en train de s'inscrire, est la seule chose qui nous permette de vivre en toute conscience l'épaisseur de notre roman, autolecteurs ricochant sur l’eau comme des pierres plates jusqu’à ce qu’elles coulent.

(Urbain LEBOSIRE, Assez dit)

mercredi 7 février 2018

LOINTEINDRE

Parvenir à rejoindre un ailleurs improbable obnubilant.


M'échapper des jours blancs, errer sans foi ni loi
Pour contempler la nuit par désobéissance,
Et lointeindre là même où je puisse être moi,
Comme un pet échappant à toute vigilance.

(Rémi CHAUWDLER, Méconnaiscience ou Les ficelles du paradis)

samedi 3 février 2018

MYSTERRE

Territoire imaginaire idéalisé.


L’eau de delà la mer c’est encore la mer.
Où qu’on aille, le vent malgré nous nous y mène ;
Un impossible ailleurs qui transforme l’enfer
De la terre éphémère en mysterre inhumaine.

(Simon DIEUTZ, Avant Dieu)

vendredi 2 février 2018

NAVIGATERRE

Velléitaire ambitieux.


CHRISTIAN, agacé.
Tu me fais mal au cœur à bouger tout le temps.
Arrête !... ou je t'envoie une pointe nasale.

CYRANO
C'est que je suis en mal de me faire la malle,
Comme un navigaterre avide de bouger,
Voyageant sans bouger, rêve de voyager.

CHRISTIAN
Alors profites-en pour aller sur la lune !

CYRANO
Cela m'aiderait-il à combler ma lacune ?

CHRISTIAN
Crois-tu que ce qu'il manque en toi puisse être ailleurs ?
Voyages au long cours sont toujours les meilleurs
Qui ne sont pas en butte aux limites du monde.
Va donc là plutôt où la terre n'est pas ronde.
La lune sur ce point est vraiment nulle à chier.
C'est juste le moyen qu'il faut étudier.
Le vrai but d'un voyage est de mettre les voiles :
Seul partir compte.

CYRANO
                                        Alors autant vers les étoiles.

CHRISTIAN
Maintenant tâche un peu de trouver le sommeil.

CYRANO
Je voudrais bien t'y voir.

CHRISTIAN
                                                    La nuit porte conseil.

CYRANO
Alors repasse-moi l'oreiller de dentelle.

(Raymond de VOSTAND, Cyrano de Rudubac)


"NAVIGATERRE" Edmond ROSTAND "Cyrano" (Arabécédesque, Olivier Goldsmith)