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jeudi 27 juillet 2017

RAMOLLOSSE

Gros chien de garde beaucoup moins méchant qu'il ne paraît.



Le Ramollosse & son Maistre


Parmy certains gros Chiens qu'on peut justement craindre,
               Il en est de tres-malheureux
               Qui n'aiment pas estre hargneux.
Ainsi ce Dogue noir que nul n'oseroit plaindre.
Ce Ramollosse estoit assez terrifiant,
               Et plus il vouloit estre aimable,
               Plus son Maistre, homme abominable
               En dépit d'un aspect riant,
Luy donnoit du baston, du pied ou de la pierre,
Comme s'il eust voulu le réduire en poussiere
Pour luy donner le goust de son méchant employ.

Mais le Dogue toûjours larmoyoit plein d'effroy.
Son Maistre alors fut pris d’une ire peu commune :
              Je feray de toy mon Psittbull,
              Aboya-t-il un peu maboul
Au Chien qui gemissoit de crainte & d'infortune.
Un jour, plus furieux qu'un troupeau de roquets,
Il voulut le punir d'estre si peu mauvais ;
Mais plus le Maistre estoit en humeur détestable,
Plus le Dogue poussoit sa plainte lamentable.
Il frappa tant la Beste à ces cris éperdus,
Et si férocement qu'on ne l'entendit plus.

Nul n'est jamais, helas ! ce qu'il laisse paroistre :
Si le Dogue a fort peu le don d'estre touchant,
       Un écriteau signalant Chien méchant
              En dit bien plus long sur le Maistre.

(Jean LAFONTENERRE, Fâbleries)

lundi 24 juillet 2017

STRESPIRATION

Suffocation d’origine anxieuse.


   Ventre déjà figé dans sa brûlure, gonflé comme au seuil de la pourriture. Stentoration muette et précipiteuse. Frissonnements subits avec des pointes d’horreur convulsive dans la crainte panique d’une rigidité permanente. Le cœur bondit dans la poitrine comme pour s'échapper des limites du corps. 
   Sentiment d'incomplétude percutante martelant en l'exaltant un désir culminant mais indistinct dans une gerbe d’étincelles. Réponse sulfurieuse de tout l'être à des velléités fugitives : douleur blanche.
    Inspiration : quête brûlante dans l’urgence de toute réplétion.
   Expiration : volonté d’anéantir toute gêne en l’expulsant par l'action supposée d'une volupté imaginaire.
    Strespiration : bouleversement singultueux d'un enthousiasme désespéré.

(Rémi CHAUWDLER, Je prends de la drogue pour qu'on le sache)

samedi 22 juillet 2017

TURLUTANNER

Tarabuster avec une sempiternelle ritournelle.


   On ne sait jamais. On ne peut pas savoir. On a beau demander, se demander, on n'en sait rien. Tout ce qu'on veut nous apprendre ne nous aide en rien. Les mots cognent dans notre tête à n'y plus suffire, comme inaptes à signifier autre chose qu'eux-mêmes. Alors c'est pour ça qu'on reste des enfants. Être adulte c'est ça, enfant retourné contre soi-même. Alors on turlutanne, jusqu'à l'épuisement appété de notre incompétence sans jamais y parvenir dans cette incapassivité turbulutannante. On voudrait aller plus loin. Pouvoir aller voir juste pour voir, fût-ce même sans le savoir. S’aventurlutanner, rencontrer de l'encore pour y avanturlutanner où l'on n'est pas encore. Ce qu'on est, le temps d'y être, quitte à le réinventurlutanner, à le plier aux exigences piaffantes de nos inassouvissicitudes.

(Stentor BRUIQUENERF, L’enfluance)

jeudi 20 juillet 2017

VILLÉGIATURNE

VILLÉGIATURNE La Maison "Joujou", HONFLEUR. https://arabecedesque.blogspot.com

Maison "Joujou", quartier du Neubourg, HONFLEUR.



Mauvais lieu de séjour.


Je suis une mansarde où nul jour ne pénètre,
Villégiaturne obscure, humide, sans standing.
Ton aiguille est toujours sur Spleen, vieux baromètre !
Joujou cassé, j'ai l'air d'un pingouin en smoking.

La mer a reculé bien loin de ma fenêtre,
Et, n'ayant plus dès lors pour grève qu'un camping,
Je ressemble, engoncé comme pour disparaître,
Au phare du Butin noyé dans son parking.


VILLÉGIATURNE,  Baudelaire (Honfleur, Maison-Joujou), "Arabécédesque", Olivier Goldsmith

jeudi 13 juillet 2017

L’épave (Charles Baudelaire)

    "L’épave" sonnet (Charles Baudelaire) https://arabecedesque.blogspot.com




L’ÉPAVE



Majestueux et vain steamer
Pour ramener à toi la mer
Et les souvenirs impossibles ;

Dilettante des profondeurs
Pour y mordre aux appâts trompeurs
Des fortunes insubmersibles...

Ton beau navire est ta prison,
Esprit volage, à l’aveuglette,
Qui désiras dans ta lunette
Ramener à toi l’horizon !

Hélas ! d’une orgueilleuse étrave
Tu peux toujours briser les flots,
Lever l’écume de sanglots :
Ton but n’est qu’un rêve d’Épave !




SONNET inversé "L'épave", Ch. Baudelaire "Arabécédesque, Olivier Goldsmith"


GLOSE IA

Analyse détaillée du sonnet inversé « L’ÉPAVE » de Charles Baudelaire, tiré du recueil Les Épaves (1866), souvent présenté comme un complément aux Fleurs du Mal. Ce poème, composé en Octosyllabes avec une structure de sonnet irrégulier (deux tercets suivis de deux quatrains, mais avec une rime et un rythme qui jouent sur l’irrégularité), incarne parfaitement les thèmes baudelairiens : la quête impossible de l’idéal, l’échec du voyage spirituel, le spleen et l’illusion de l’évasion.

Structure formelle

  • Mètre : Octosyllabique avec des enjambements fluides qui mimiquent le mouvement des vagues et l’errance.
  • Rimes : Riches et embrassées dans les quatrains (ABBA), plus libres dans les tercets. Le schéma global crée une musicalité maritime, presque hypnotique, qui contraste avec le désespoir du contenu.
  • Forme : Le sonnet classique est ici détourné : les deux premiers tercets posent une adresse ironique et descriptive ; les quatrains apportent la chute brutale, typique de Baudelaire (le « coup de poignard » final).

Le titre « L’ÉPAVE » est déjà programmatique : l’épave désigne à la fois un navire naufragé (littéral) et, métaphoriquement, un être humain (ou l’esprit du poète) réduit à un débris flottant, inutile, condamné à dériver.


Analyse strophe par strophe

Premier tercet

L’adresse directe au « steamer » (navire à vapeur, symbole de modernité industrielle au XIXe siècle) est ironique. Il est « majestueux » (apparence grandiose) mais « vain » (inutile). Sa fonction proclamée — ramener « la mer » et « les souvenirs impossibles » — est absurde : on ne ramène pas l’océan à soi, pas plus qu’on ne recapture le passé ou l’infini.

C’est une allégorie de l’esprit humain (ou du poète) qui veut s’approprier l’immensité (la mer = l’idéal, l’inconnu, le temps perdu). Le steamer moderne renvoie au « Voyage » des Fleurs du Mal : la technologie et le progrès ne permettent pas de vaincre l’ennui ou d’atteindre l’absolu.

Deuxième tercet

Le « dilettante des profondeurs » évoque l’amateur superficiel qui plonge dans l’abîme (métaphore de la quête artistique, philosophique ou sensuelle) sans vraie profondeur. Il mord à des « appâts trompeurs » : les richesses illusoires, les plaisirs éphémères, les promesses d’immortalité (« fortunes insubmersibles »).

L’image de la morsure renvoie à la tentation, au péché (écho du « lecteur hypocrite » des Fleurs du Mal). Tout est leurre : même ce qui semble éternel (insubmersible) se révèle vain.

Troisième strophe (début du quatrain)

Changement de ton : apostrophe directe à l’Esprit (volage = inconstant, capricieux). Le navire, symbole de liberté et d’aventure, devient prison. L’esprit veut, avec sa « lunette » (télescope, outil de la science moderne), ramener l’horizon à lui — c’est-à-dire réduire l’infini au fini, posséder l’inaccessible.

C’est l’illusion romantique par excellence : le désir d’évasion (voyage, amour, art, drogue) qui se retourne contre soi. L’aveuglette souligne l’errance sans boussole, typique du spleen baudelairien.

Dernier quatrain

La chute est implacable. L’« orgueilleuse étrave » (proue du navire) peut bien fendre les vagues et soulever « l’écume de sanglots » (magnifique oxymore : l’écume joyeuse devient larmes, souffrance). Malgré la force et la beauté du mouvement, le but ultime reste un « rêve d’Épave » : une illusion qui conduit à l’échouage, au naufrage.

Le poème se termine sur le mot « Épave », en écho au titre : boucle parfaite qui condamne toute aspiration à l’échec inéluctable.


Thèmes baudelairiens centraux

  • Spleen et Idéal : La tension entre le désir d’élévation (mer, horizon, profondeurs) et la réalité décevante (prison, leurre, épave).
  • L’échec du voyage : Comme dans « Le Voyage » ou « Le Bateau ivre » (qui dialogue avec ce poème), le mouvement n’apporte pas de nouveau, seulement la conscience du vide.
  • Modernité et vanité : Le « steamer » industrialisé symbolise l’illusion du progrès technique qui ne sauve pas l’âme.
  • Ironie et autodérision : Baudelaire se moque de lui-même (l’« esprit volage ») tout en élevant son échec en beauté poétique.
  • Esthétique du naufrage : Extraire de la déchéance une forme de grandeur tragique (« fleurs du mal »).

Style et procédés

  • Métaphores filées : Tout le poème repose sur l’isotopie maritime (steamer, mer, profondeurs, flots, étrave, écume, épave).
  • Oxymores et antithèses : « Majestueux et vain », « fortunes insubmersibles » (qui finissent en épave), « écume de sanglots ».
  • Personnification : Le navire/esprit devient un personnage tragique.
  • Musicalité : Allitérations en [v], [m], [s] qui évoquent le vent et les vagues ; rythme heurté dans les derniers vers qui mime le naufrage.

Place dans l’œuvre

Les Épaves rassemble des pièces condamnées en 1857 et des inédits. Ce sonnet, probablement écrit vers 1862 prolonge la section « Spleen et Idéal » tout en annonçant la résignation amère des derniers poèmes de Baudelaire. Il dialogue avec « Le Voyage » (« Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile ! ») et préfigure Rimbaud (« Le Bateau ivre » : l’épave devient libération poétique, mais chez Baudelaire elle reste condamnation).

En résumé, « L’ÉPAVE » est un petit chef-d’œuvre de concision baudelairienne : en quatorze vers, il condense la tragédie de l’esprit moderne qui aspire à l’infini et ne récolte que des débris. Beauté et vanité, mouvement et immobilité, orgueil et naufrage — tout Baudelaire est là, dans cette épave majestueuse qui ne va nulle part.

Un poème à relire à voix haute : sa musicalité triste et ironique en fait toute la puissance.

lundi 10 juillet 2017

ASSINDÛMENT

Avec une insistance inconvenante.


EURYCIDE
D'un amour éméché qui hoquette & zigzague
Ce Prince assindûment me convoite & m’alpague.
Faudra-t-il qu’à mon tour, assindûment ainsi,
Je réponde aux assauts d’un Amant sans mercy
Dont l’haleine, la voix & les gestes font taire
L’élan d’un cœur altier qu’un zèle impur altère ?

PAMISE
Ah ! Madame, sçachez qu’en sa lubriété
Son cœur souffre l’assaut d’un desir deserté
Dont je convoiterois volontiers l’apanage.

EURYCIDE
Je vous voy bien assez en femme de ménage
Pour d’un Prince astiquer la vacillante ardeur…
C’est l’ancillaire attrait d’un amour ravaudeur.

PAMISE
C’est le ravissement d’une flame qui rampe
Pour réchauffer la nuit & rallumer la lampe.

(Légitimus CŒURNŒIL, Eurycide)

dimanche 9 juillet 2017

BÂFREDOUILLER

Être en proie à une confusion idéative associant précipitation phonatoire et télescopage syllabique. Parler en avalant ses mots par réaction émotionnelle paralysante.


   Asphysexiante elle m’assied. Prisque sur le fait de mon insexpérience crétive, acculculé à la nécexcité d’avoir à esprimer des pensexes excédant les bornes de ma fémisphère fusuelle, je bâfredouille des marmonies approchant le blablaze de mon intélectrocutrice, accompaniées de ce que je stuprose être descrirruption de ses attribouts dûment prétendurs mais qui ne semble plus, à la mesure de mon exprécession interloloquée, qu’épaissueur stopaque d’émousseline lapsconfusible d’une salardue nouageuse inexpriminablement délituée me prédispositionnant à ces éjérections ictusuelles fataltes à ma blêmisphère blindue.

(Roman DEGARES, Les yeux qu'elle a dans la nuit)

samedi 8 juillet 2017

CELZÉSERINER

CELZÉSERINER "Arabécédesque" (Olivier Goldsmith)


Faire abus d’égalangage. ● Abuser de tics de langage horripilants.


Celzéceux qui celzéserinent z’en celzéserins
Celzéceux qui bonimentent toutes zé tout bonnement
Celzéceux qui redondindonnent zé redondindons
Gynaugurent zé andromecquent
Qui introduisent tau jour zé à l’heure d’aujourd’hui
Les femmes zé les hommes
Les humaines zé les humains
Les tourterelles zé les tourterils
Les donzelles zé les donzils (1)
Les emmanuelles zé les emmanuils
Les compatrieuses zé les compatrieurs
Les zétéroses zé les zétéros
Les lesbiennes zé les lesbiens
Zé les trabicyclettes zé les travélos
Bêtes zé animaux
Rates zé rats sourises zé souris
Excétérases zé ksétéras
Celzéceux qui à toutes zé à tous ellent zé luient
Qui zélatrices zé zélateurs
Qui lébruxelloisent zé lébruxilloient
Zé belgent bilgent
Brutes zé bruts
Qui pétassent zé pétardent
Doctogresses zé doctogres
Qui écrivaniteuses zé écrivaniteux
Écrivanickellent zé écrivaniquilent
Zé écrivièrent zé écrifleuvent
Celzéceux qui démagoguent zé à gogo
Qui chapeau mol zé chapeau mou
Politiquemencorrectificellent zé politiquemencorrectifilent
Celzéceux qui ségrégèrent zé ségrégavent
Qui discriminationellisent zé discriminationihilisent
Zé maritairent zé paritairent
Celzéceux qui tante et tant attentent zé autant
Qui tante et tant té tant té tant tentêtent tentêtants
Qui yapadinquiètent zé yapadsoucient
Celzéceux qui suitalaprévertuent zé suitalaprévicent
Qui vissent zé clouent
Bécotent té bécots
Poutoutent té poutoussent
Tricotent té tricots
Travaillardisent zé travaillardeurent
Zé voili zé voilou
Celzéceux qui épuisent zé puis
Qui à toute vapeur zé à tout va
À toute pompe zé à tout rompre
Solutionnent sans solution
Celzéceuses zé celzéceux qui nivellent zau niveau des celzéceuses de chez celzéceuses zé des celzéceux de chez celzéceux
Zé consensucent zé consensuent
Les celzéceuses zé les celzéceux qui celzéserinent z’en celzéserins
Celzéceuses zé celzéceux qui z’hélas zé là
Nous courent volent zé nous mangent
Nous ragent zé nous désespoirent
Nous poirotent  les poireaux
Zé les valseuses zé les valseurs
Zé les prunelles zé les prunœils 
Toutes zé tous celzéceuses zé celzéceux qui entrèrent à l’aise zau palais en faisant craquer les gravières zé les graviers zé dînèrent zau dîner de têtes zé de chefs zoù chacune zé chacun s’était faite zé fait l’une zé l’un celles zé ceux qu’elles zé ils désiraient…

(Raymot QUENONDE, Chienne et chien, et autres pairoles)



(1) Un masculin "donzelon" existe, mais avec sens spécifique.

jeudi 6 juillet 2017

DJANGOUEMENT

Grande vogue de la guitare manouche.


   Les fins de semaine, au soir, j’allais me perdre près du port dans les rues étroites et mal éclairées, appâté par tout un djangouement dont les pompes canailles ragaillardissaient les nuits hors saison, tirant un temps la ville de sa grisaille pesante. Ainsi, tandis que je m’appliquais à traînarsouiller du côté des Michés-Fleuris, et comme à dessein de me fondre dans l’opacité lancinante de ces prédilections passagères, je m’imprégnais d’une odeur de brume froide agitée par un ruissellement inlassable d'accords assénés insinuant cette énergie désespérée que le large semblait apporter d'ailleurs avec les déhanchements appuyés de la houle dans le déferlement d’une ivresse équivoque et bestiale.

(Léopold CHARTRE, Demain il pleuvra sur Saint-Gleville)

lundi 3 juillet 2017

ÉRUDÉCENCE

Rougeur coupable du visage.


   C'est alors que miss Merdora apparut dans l'entrée, mouillée et crottée des pieds à la tête, ce qui ajoutait à son charme troublant. Daignant au passage tourner les yeux dans notre direction, et comme nous ne pouvions nous empêcher de la contempler, nous devinâmes alors son visage tout enflammé d'érudécence que semblait rehausser le désordre de sa toilette. Puis, sans un mot, elle se dirigea vers l'escalier en détournant la tête comme si cela eût relevé de quelque maladie incurable, comme si ces honteux stigmates devaient à jamais la hanter aux yeux de tous, mais gardant secrètement pour elle les délices infiniment inconvenants que l'opprobre lui procurait.

(Marquise de SANDE, Merdora)