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lundi 30 juillet 2018

INVENTATION

image alien sight Twitter (Arabécédesque, Olivier Goldsmith)


Source puissante d’imagination.


Ce qui fait que la mer est l’inventation
De l’homme inachevé qui s’obstine et s’épuise
Au souvenir perdu de sa création
Pour retrouver l’écrin qui l’invente à sa guise.


(Samson d’ALLUNELLE, Méditations hypnothétiques)

lundi 23 juillet 2018

JASPINTER

Consommer des boissons alcoolisées avec un fort débit de paroles.


   Force est de constater que dans les bistrots ça papote, ça jabote, ça jacasse et, pour tout dire, ça jaspinte plus qu’ailleurs, sans doute à cause de la chaleur humaine provenant de l'alcool, et parfois il arrive même qu'on y éclate de rire. Les bistrots de France sont le temple de la convivialité, et c'est pour ça que ce jour-là je suis entré et que j’ai failli être colleté par mon voizinc parce que j'avais osé lui offrir un verre.
   Ça ne se fait pas de parler aux gens qui ne vous connaissent pas, d'être poli si ce n'est pas pour autre chose. Parfois ils s'offusquent, se dressent brusquement comme des cobras si vous succombez à la tentation de leur parler. Alors, le plus souvent, je me vois contraint à des échanges très ponctuels, demander l'heure ou mon chemin comme si finalement je ne savais jamais où aller, mais chaque fois cela m'autorise une formule de politesse appuyée d'un sourire bref, de peur d'avoir l'air d'en faire un peu trop.
   Ce chemin qui mène aux autres, c'est toujours le plus dur à trouver. C'est pour ça qu'il faut tout le temps demander.

(Amal GAJARRI, Sparabras)

jeudi 19 juillet 2018

LEXOMIELLEUX

D'une lenteur visqueuse soporifique.


   Frédéric Slatine, étincelle d'écume et de bière goudronnée. Piano stride lexomielleux. Âcre odeur de barbe landrue traînant sur un clavier qui demeure lourd de promesse insatisfaite... puis laissant échapper une vapeur de mélodie lointaine, mais si insistante qu'elle retombe en crachin sur une plage vaseuse d'estuaire à la marée basse saison.
   Frédéric Slatine, danse de pingouin sous le ricanement des mouettes.

(Achille MALIMENT, Notes emportées)

lundi 16 juillet 2018

MARBRORER

Afficher une impassibilité majestueuse.


   Comme toujours, la marquise sortit à cinq heures, paraissant aussi peu stupréfaite que d'habitude et marbrorant avec tout l'éclat d'une précellence statuaire, suivie de près par la sculpturale Gorgongita qui, titubante sur ses talons, tira de son sac à main un slip pour se moucher, mais qui s'avéra si ténu qu'elle s'en mit plein les doigts.

(Avatar BALLESAC, L'hélice avalée)

jeudi 12 juillet 2018

NUORAGE

Nébulosité jaunâtre, épaisse et tourmentée.


Nuorage obnubillumination
sens aveugle autre lumière
roulant autour d’un mot

la charge d'un silence
croulant de tout son poids
pour entonner son chant

(Arsène ORZELLE, Les mots-delà)

vendredi 6 juillet 2018

OPHÉLICE

Femme nageant élégamment avec d’amples vêtements.


   Ses vêtements tout en pleurs étalés un moment autour d'elle... Puis comme l'enveloppant amoureusement d'une caresse euphuistique, si douce et si soudaine, si insistante, tandis que les mouvements de tout le corps accentuent l'ondoiement de l'étoffe gorgée d'une eau prometteuse et complisse... Si lente ophélice qui s'éloigne, précieuse, vrille l'eau docile, interminablement, clapote, roule sur elle sa forme éclatante, promène son corps devenu comme illusoire en offrant ses flancs à la liberté retrouvée.

(Patrice CHUINTEAU, Ophélice en eaux lisses)

mercredi 4 juillet 2018

PROBTUBÉRANCE

Dilatation pénienne incomplète quoique remarquable sous l’habit.


    Aïe don’ ! plaisanta Germain. Qu'est qu' t'es à faire à steure après t'habiller par steu chaleur ? Wouè-l' don’ ma probtubérance à pleins zieux et ouv' mouè don' ça, bon Gieu, qu'on aille y wouèr ed près e’ c' qui s' passe ed dans !
   Lorsqu’elle n’était pas à cheval ou en voiture, miss Merdora emportait toujours avec elle une sorte de grand bâton pour éloigner les serpents. Aussi Germain demeurait à distance en la fixant de ses yeux noirs et crasseux comme si docilement il attendait l’ordre de se rapprocher.
   Cependant, toute proche, la rive délicatement fangeuse de l'Indrus invitait au plus redoutable bonheur d'un abandon sans faille. Mais ce rustaud pur porc, avec ses mollets puissants et sa grosse tête de bestiau (qui, pour le coup, en faisait une cible des plus commodes), pouvait-il seulement comprendre où elle chercherait à l'engager ? Car elle s’était prise à l’idée de le voir patauger avec elle. Mais ne fallait-il pas mieux qu’elle dissimulât la véritable nature de ses intentions et, par quelque artifice, l’entraîner à son insu dans un jeu de carotte et de bâton ?
    En faire ma chose soumise ! pensa-t-elle alors, succombant peu à peu aux appels de cette vase tiède qui nauséabondait au soleil ; un animal de compagnie qui la dévorât des yeux, et ne la touchât point.

(Marquise de SANDE, Merdora)

dimanche 1 juillet 2018

RÉTAME-TAM

Musique percussive assourdissante incessante.


   C’était chaque fois comme une fête meurtrière par une chaleur persistante avec afflux de jeunes briscards phallonarcissiques, infatigables traqueurs d'opportunités virevoltentantes dans ces lieux surencombreux des samedis soir, et tout cela se fondait dans une rumeur confuse de foltitude en émoi de laquelle des grappes d’hommes allumés à la huit-six se détachaient parfois, flammes éméchées que le rétame-tam environnant semblait entretenir dans une ivresse rageuse comme proche du désespoir.

(Anicet BERGOUTTE, Les infestards)

lundi 25 juin 2018

SCRULPTER

Sonder l'impénétrable pour lui donner forme tangible.


   Écrire dans le creux des autres, s'incruster dans la parole qui a déjà eu lieu pour se contraindre à naître de soi, comme on lirait entre les lignes pour accoucher d'un vide à remplir après coup : ainsi, la scansion machinale de l’alexandrin s’impose pour occuponctuer cette vacance.
   Cette place qui m'est donnée de prendre, que je n'ai pas choisie. Je ne peux pas me choisir. J'ai beau me fouiller, rien n'y fait puisque se sentir c'est continuer de se subir en continuant de mentir, pour la forme : on a beau dire, se baudir, s'enhardir, s'emprofondir, s'étourdir, s'engourdir, s'affadir, se maudire... ça bafouille, ça cafouille. Quoiqu’on fasse, on ne se scrulpte jamais que de se subir. Subir d'écrire, c'est se réveiller – être réveillé –, être confronté à ce qui nous entourloupe depuis l'origine, qui nous fascine et nous façonne de toute absence de réponse avec quoi nous bâtissons sans complément d'objet. Écrire, forcément pour rien. Seulement pour.

(Doralisa PYRARGNE, Savoir comment savoir)

jeudi 21 juin 2018

TAHAÏTIEN

charles baudelaire, Tahaïtien  "Arabécédesque, Olivier Goldsmith"

Insulaire aux origines indéterminables.


Je vois dans ton œil doux des paresses marines,
Des tahaïtiens oisifs et musculeux
Qui, pris par ton odeur imprégnant leurs narines,
T'emboîtent en troupeau le pas voluptueux.

Tahaïtien,  Ch. Baudelaire,  "Arabécédesque, Olivier Goldsmith"

mardi 19 juin 2018

VORASSIETTÉE

Platée promptement ingurgitée.


dans le froid la nuit ta turbulle agitée en butte aux éléments la plus grande vorassiettée de ta vie avant grand quart en solitaire cabotinage hauturier persistance océane écouter aux bordés le destin qui cogne au ventre les spaghett' à rencogner dans la bannette et le cerveau qui clandestinement s'absente

(Victor MALPLANCHE, La folle aventure du Chokétou)

vendredi 15 juin 2018

La muse amère (Charles Baudelaire)

"La Muse amère" sonnet retrouvé  de Charles Baudelaire



LA MUSE AMÈRE



Mâtine d’amour et de haine,
Mon âme est comme un diamant
Plongé dans l’eau d’une fontaine
Par le désir de mon amant.


Maîtresse ainsi de son silence,
Reine d’un empire incertain,
Je visite son indolence
Pour mûrir son vers enfantin.


Souvent, du fond des nuits sans lune,
J’utilise son infortune
Pour lui dicter ce que j’écris ;


Et, pour ranimer son marasme,
J’ajoute au rire du mépris
L’aigreur féroce du sarcasme !


"La Muse amère" SONNET Ch. Baudelaire "Arabécédesque, Olivier Goldsmith"


GLOSE IA

Il s’agit d’un texte puissant, d’inspiration baudelairienne, même s’il ne figure pas parmi les poèmes canoniques des Fleurs du Mal (on y trouve « La Muse malade » et « La Muse vénale », qui traitent eux aussi de l’inspiration poétique sous un jour sombre). Ce sonnet semble être une variation ou une création dans l’esprit de Baudelaire, explorant la relation conflictuelle entre le poète et sa muse.

1. Structure formelle

Le poème est un sonnet de forme classique (deux quatrains + deux tercets), écrit en octosyllabes avec un schéma de rimes embrassées puis croisées :

  • Quatrains : ABBA / ABBA
  • Tercets : CCD / EED (ou variante proche)

La versification est régulière, ce qui contraste avec le contenu tourmenté : la forme traditionnelle (héritée de la poésie classique) sert de cadre rigide à une inspiration « amère », violente et moderne. Baudelaire aimait ce contraste entre beauté formelle et laideur morale.


2. Thème central : une muse sadique et ambivalente

Contrairement à la muse traditionnelle (douce, inspiratrice, quasi divine chez les romantiques), ici la Muse est amère, cruelle et paradoxale. Elle est à la fois :

  • Amante (« mâtine d’amour et de haine », « désir de mon amant »)
  • Bourreau qui utilise la souffrance du poète pour créer.

Le poète n’est plus le maître ; il est dominé, « visité », manipulé par cette muse qui s’exprime à la première personne (« Je visite… », « J’utilise… », « J’ajoute… »). C’est elle qui parle tout au long du sonnet. Cette inversion des rôles est très baudelairienne : la création poétique naît non de l’harmonie, mais du conflit, de la douleur et du sadisme.


3. Analyse strophe par strophe

Quatrain 1

  • « Mâtine » : mot rare et fort, qui évoque à la fois « matin » (l’aube, le réveil) et « mâtiner » (mélanger, croiser, comme un chien bâtard). La muse est un hybride d’amour et de haine.
  • Image du diamant plongé dans l’eau : le diamant symbolise la dureté, la pureté et la valeur (le vers futur). Mais il est « plongé » (submergé, presque noyé) par le désir de l’amant (le poète). L’âme du poète devient un matériau précieux que la muse travaille, comme un joaillier cruel.

Quatrain 2

La muse domine le poète (« Maîtresse », « Reine »), mais son « empire » est incertain (fragile, spleenétique). Elle « visite son indolence » (la paresse, le marasme du poète) pour faire mûrir un vers encore « enfantin » (immature, naïf). La création est donc un processus de maturation forcée, presque maternelle mais dominatrice.

 

Tercet 1

La muse agit dans l’obscurité totale (« nuits sans lune » = absence d’idéal, de lumière romantique). Elle exploite l’infortune (le spleen, la souffrance existentielle) du poète pour lui « dicter » les vers. Le poète n’est plus créateur libre, mais simple scribe ou médium de sa propre douleur. Thème très baudelairien : la poésie naît du malheur.

 

Tercet 2 (climax)

C’est le coup de grâce. Pour combattre le marasme (l’abattement profond, l’atonie spirituelle), la muse n’apporte pas de douceur, mais du venin :

  • « rire du mépris » → ironie froide
  • « aigreur féroce du sarcasme » → cruauté verbale, mordante

La muse ranime le poète en l’humiliant, en l’attaquant. La poésie devient une thérapie par le mal : on guérit le spleen par une dose encore plus forte de méchanceté et d’amertume.


4. Champs lexicaux et figures de style

  • Amour / Haine : oxymore central (« mâtine d’amour et de haine ») qui structure tout le poème. C’est le spleen baudelairien : dualité permanente.
  • Domination / soumission : vocabulaire du pouvoir (« Maîtresse », « Reine », « empire », « visite », « dicter »).
  • Dureté / fluidité : diamant (dur) vs fontaine (liquide) ; aigreur, férocité vs marasme (mollesse).
  • Images précieuses et violentes : diamant, reine, vers « mûrir » (métaphore organique).
  • Allitérations : en [m] et [r] (« mûrir son vers », « ranimer son marasme ») qui donnent une musicalité âpre, presque grinçante.


5. Sens global et portée baudelairienne

Ce sonnet radicalise l’idée que la poésie n’est pas un don céleste, mais une alchimie douloureuse. La muse n’est plus la belle inspiratrice romantique : elle est sadique, elle se nourrit de la souffrance et l’aggrave pour en extraire de l’art.

On retrouve ici plusieurs obsessions de Baudelaire :

  • La beauté dans le mal (« Les Fleurs du Mal »).
  • Le poète comme victime consentante de sa propre création.
  • L’art comme sarcasme et mépris du monde (le dandy-poète qui raille pour survivre).
  • L’inversion des rôles : l’âme (le poète) est passive ; la muse est active et cruelle.

Le vers final est particulièrement fort : le sarcasme devient l’ultime stimulant. C’est une vision moderne, presque nihiliste, de la création : l’art naît non de l’inspiration joyeuse, mais de l’aigreur féroce assumée.

En résumé, « La Muse amère » est un magnifique anti-sonnet à la muse : au lieu de célébrer l’inspiration, il la montre comme une amante tyrannique qui torture le poète pour le faire accoucher de vers dignes de ce nom. Une lecture très cohérente avec l’univers des Fleurs du Mal, où la beauté surgit toujours de la corruption et de la douleur. Ce pastiche (ou ce poème apocryphe) est une très belle variation sur le thème baudelairien de la Muse : non plus malade ou vénale, mais amère, et surtout active dans sa cruauté. Il montre que l’inspiration est une torture consentie, un diamant plongé volontairement dans l’eau trouble du désir et de la douleur. Un petit chef-d’œuvre d’ironie poétique.