Détonner à tout bout de chant et à pleine gorge.
Ange ébloui zinzinurlant,
Marche à tâtons dans la lumière ;
Cherche le nu rutisselant
Pour t’en vêtir en plagiaire.

GLOSE IA
Ce sonnet (quatorze vers en alexandrins) s’inscrit pleinement dans l’esthétique baudelairienne des Fleurs du Mal, même si le titre latin « Solis luce clarior » (« Plus brillant que la lumière du soleil ») n’apparaît pas dans les éditions canoniques et semble plutôt une épigraphe ou une désignation thématique choisie par le poète (ou l’éditeur). Il appartient à l’esprit des Tableaux parisiens : observation cruelle de la misère urbaine, ironie tragique et confrontation au néant. Le poème oppose la cécité physique des aveugles à la cécité spirituelle du poète, dans une dialectique lumière/ténèbres typiquement baudelairienne.
Premier quatrain (v. 1-4)
Le poème s’ouvre sur un paradoxe visuel et auditif saisissant : les aveugles trébuchent en plein jour, mais « sans bruit » (oxymore). Leur « laideur coutumière » est exposée sans pudeur, comme une réalité banale de la ville moderne. L’expression « sourdement happés par la lumière » est remarquable : la lumière elle-même devient un piège sonore et tactile qui les attire vers le haut. Ils cherchent dans le ciel le « reflet de leur nuit » — image d’une ironie déchirante : ce qu’ils attendent du ciel n’est pas la lumière, mais l’image inversée de leur propre obscurité. Le ciel, miroir inversé, ne leur renvoie que leur absence.
Deuxième quatrain (v. 5-8)
La comparaison avec les forçats (image récurrente chez Baudelaire : le corps comme prison, cf. « L’Héautontimorouménos ») transforme les aveugles en damnés vivants. Leur corps est une « entrave » matérielle qu’ils traînent comme un boulet. Les « austères efforts » et la « plainte bizarre » humanisent soudain ces figures monstrueuses : ils ne sont pas seulement ridicules ou affreux, ils souffrent dans une dignité douloureuse.
Premier tercet (v. 9-11)
Le tiret marque le basculement : le poète entre en scène et s’identifie aux aveugles. L’« éclat » qui leur manque l’anime paradoxalement. Le « cœur vide » (spleen baudelairien) le pousse à « battre les pavés » — expression qui signifie à la fois « arpenter les rues » et, littéralement, frapper le sol comme un prisonnier qui veut briser ses chaînes. L’âme est « prisonnière » du corps, exactement comme les aveugles sont prisonniers du leur. Le poète devient donc un forçat spirituel qui cherche, par la marche, une libération.
Deuxième tercet (v. 12-14)
Le retournement est brutal. Le soleil, habituellement symbole de vie et de clarté (« Le Soleil » dans Les Fleurs du Mal), devient ici un bourreau cyclopéen (« œil de géant » — allusion mythologique à Polyphème ou au soleil-Œil de la tradition). La lumière excessive aveugle le voyant. Le poète ferme les paupières et ne perçoit plus que « gouffre » et « néant » : deux termes clés du vocabulaire baudelairien (cf. « Le Gouffre », « Le Goût du néant »). Le poème se clôt sur le vide absolu.
Ce sonnet est une méditation sur les limites de la perception humaine. Ni la cécité physique ni la vue physique ne donnent accès à la vérité : les deux mènent au vide. Les aveugles cherchent dans le ciel ce qu’ils ont perdu ; le poète, confronté à la lumière crue, ne voit que l’abîme intérieur. Le titre latin, par son élévation classique, accentue l’ironie : la « clarté » promise se retourne en obscurité totale.
Baudelaire y condense son esthétique du spleen : la beauté naît de la laideur (les aveugles « laideur coutumière » deviennent dignes de compassion), et la quête la plus haute (la lumière) aboutit au néant. Le poème est donc à la fois tableau parisien réaliste et allégorie métaphysique de la condition moderne : l’homme, qu’il soit privé de lumière ou submergé par elle, reste condamné à l’errance et au vide.
En somme, « Solis luce clarior » est un des plus beaux exemples de l’art baudelairien : une observation cruelle de la rue qui devient, en quatorze vers, une méditation vertigineuse sur l’impossibilité de toute illumination véritable.
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| Photo Pascal Juif |
Pâte alimentaire surcuite.
Non seulement Jeanine arborait joliment une couperose qui animait en les rehaussant les traits épais de son visage rustique de la spontanéité conviviale d'une nature généreuse au caractère bien trempé, mais, ce jour-là, elle était parvenue non sans mal à enfiler une mini-jupe de ses débuts qui, plus que jamais, la boudinait à ravir.« On va faire du sexe, un peu ? » me lança-t-elle alors biaisement en prenant ses grands airs gorlogresseux de Barbara Lamousse de jadis et de foire, avec clin d'œil fatalement idoine pour tenter de m'échaudassaisonner.Mais, devant mon expression jusque là muette d’une perplexité mal dissimulée pour se charger bientôt d’une touche improbative si criante que j’alibiaisai transitivement quelque désir prompt d’aller casser une petite croûte, elle me fit face en me vomissant deux ou trois insanités quant à mes capacités masculbuteuses, et comme si c'était vraiment le moment de faire ça, de « casser une croûte » fût-elle petite à une heure pareille.Je lui rétorquai à tort et à raison qu'il n'y avait pas plus d'heures pour faire ce qu'elle me proposait de faire avec elle que pour faire ce que je me proposais de faire avec ou sans elle. Je peux très bien casser la croûte n'importe quand à condition de ne pas avaler n'importe quoi, et pourvu que je fasse de l'exercice. Et c'est là-dessus qu'elle a eu le dernier mot.« Alors, en attendant de faire de l’exercice, allons bouffer un peu, qu'elle me lâcha d'amour lasse, puisque c'est ça qui te branche ! Je vais te faire des nouilles : ça te redonnera du volume ! »Pâlissant au mou mot de nouille tandis qu’elle m'entraînait chez elle, je tentai de la convaincre d'y faire autre chose sans autre transition, en dépit de mes lacunes planculbuteuses, compte tenu de mon peu d'appétence pour ses franchenouillardes maison susceptibles d'attenter à la délicatesse sereine et chèrement entretenue de ma tripe.
(Patrick DARMOU, Le fauve est lâche)
Action consistant à « croaisser » (simuler le cri du corbeau ou de la grenouille en rinçant un verre, de la vaisselle, avec les doigts).
Le monde a plus à voir avec un gros cul comme le mien qu’avec une idée qu’on se ferait du pourquoi-mais-non-enfin-vous-pensez-ah-bon-donc-ainsi-sinon-quoi, pour rester bouche bée devant le gros trou incorporel du vide… Ô mystère adoré, coqueliche de nos fétiches !… Le gros cul de Dieu, ah ah ah ! ça serait plutôt une idée qui me plaît, tu vois ? Non mais tu vois ça, un peu ? un gros cul qui nous pète à la gueule… C'est parfois ce qui arrive, non ? Et ça c'est pas un pet sur une toile cirée : ça s'incruste, ça fait mal et ça remet ça… On la retient l'odeur de Dieu, hein Mario ?… Tu vas faire tous les verres comme ça ?… C'est vrai, quoi : ce qui compte c'est nous ! C'est la toile cirée… pas le pet !… Bon allez, Mario, quoi ! remets-nous ça un peu au lieu de croaisser, maintenant que c'est propre. Comme ça, tu pourras continuer ton grinçage après, pendant que je cause… pour faire semblant de comprendre !
(Margerie LAPOISSE, Médits zincarnés)